img26911Nom de code : Opération Epervier

L’opération a été lancée il y a 4 ans par le président Paul Biya sous les pressions répétées des bailleurs de fonds (Club de Paris, FMI). Elle doit permettre au Cameroun de ne plus figurer parmi les pays les plus corrompus au monde.

L’opération Epervier a été relancée ces derniers mois de façon spectaculaire avec l’arrestation de plusieurs anciens ministres, avocats et haut fonctionnaires.

Le Chef de l’Etat est accusé aujourd’hui par ses opposants d’avoir profité d’Epervier pour faire le ménage en vue de la prochaine présidentielle où il pourrait bien se représenter après avoir modifié la constitution.

Le président Biya n’accorde que très rarement des interviews, en particulier pour parler de corruption. Voici ce qu’il déclarait à propos de son opération Epervier, il y a un an tout juste, dans un grand entretien accordé à nos confrères de France 24.

Une avocate, symbole des dérives de l’opération Epervier ?

De ces opérations de lutte contre la corruption est née l’affaire Yen Eyoum, du nom de cette grande avocate camerounaise qui croupit depuis 4 mois dans une prison de Yaoundé.

L’avocate, mariée à un Français, obtiendra la nationalité française cet été. Mais pour l’instant, Lydienne Yen Eyoum est l’une des 77 personnes interpellées (selon les données recueillies par le magazine jeune Afrique) dans le cadre de l’opération Epervier lancée par le président Paul Biya.

Caroline Wassermann, son avocate parisienne, a tenté d’obtenir une remise en liberté conditionnelle en alertant le quai d’0rsay et les médias. Elle a échoué le 26 mai 2010.

Le quai d’Orsay confirme le soutien de la France à l’opération Epervier

Le soutien de Paris est très logique, puisque ce sont les principaux bailleurs de fonds du Cameroun qui avaient réclamé qu’une opération de lutte contre la corruption soit livrée.

Mais les derniers évènements ternissent le scénario initial : une série d’arrestations, des condamnations parfois à 40 ans de prison pour des détournements de fonds publics, et aujourd’hui au Cameroun des voix de plus en plus nombreuses s’élèvent pour dénoncer une opération d’épuration politique.

Pour Bernard Valero, porte parole du Ministère des Affaires Etrangères ce n’est pas à la France que “ces voix” adressent leur message.

Bernard Valero affirme d’ailleurs que l’ambassadeur français au Cameroun est intervenu en faveur de Lydienne Yen Eyoum, notamment concernant ses conditions de détention.

Pour l’instant, selon les proches de Lydienne Yen Eyoum, sa situation est inchangée.

« Paul Biya disposerait d’un patrimoine immobilier et financier conséquent »

Paul Biya poursuit son opération Epervier. Les arrestations se sont multipliées ces derniers mois. Parmi elles, celles de plusieurs anciens ministres qui avaient commencé à se préparer en vue de la prochaine présidentielle de 2011, où finalement Paul Biya pourra se présenter après une modification opportune de la Constitution.

Il y a un an, une plateforme d’ONG spécialisées dans l’aide au développement publiait un rapport sur ce que ses auteurs ont surnommé les “biens mal acquis”. Il mettait notamment en cause le président camerounais.

« L’opération Epervier permet des règlements de compte entre dauphins du président »

Depuis le décès du gabonais Omar Bongo, Paul Biya est désormais le doyen des chefs d’Etat africains pour sa longévité au pouvoir (1982). Surnommé « le sphynx », il est réputé pour son goût du secret et des paradis fiscaux. Il est haï par ses opposants en exil comme Moise Essoh, le secrétaire exécutif du CODE, la principale association de la diaspora camerounaise en France.

Il a pris la parole samedi soir lors du forum anti-Françafrique à Aubervilliers.

« Les élections de 2011 risquent de se terminer en coup d’état »

Pour Elie Smith, journaliste dans la zone anglophone du Cameroun, l’opération Epervier et la prochaine élection présidentielle en 2011 constituent un double risque de coup d’état et de sécession.

http://sites.radiofrance.fr/franceinter/ev/fiche.php?ev_id=1320