PARIS - “Intègre” pour les uns, symbole d’une “consanguinité” entre politique et argent pour d’autres, le ministre du Travail Eric Woerth, auditionné jeudi par les policiers dans le dossier Bettencourt, est un fidèle du président Nicolas Sarkozy, spécialiste de la finance.
Agé de 54 ans, le ministre auquel tout semblait sourire se trouve désormais contraint de s’expliquer dans le cadre de la tentaculaire affaire de conflit d’intérêts avec l’héritière du groupe L’Oréal et femme la plus riche de France.
Trésorier du parti présidentiel UMP pendant huit ans, devenu l’un des plus proches ministres du chef de l’Etat qui l’a chargé en mars de piloter la réforme des retraites au ministère du Travail, Eric Woerth est l’image même du cartésien en politique.
Sérieux, voire cassant, il a réponse à tout. Très bon connaisseur de ses dossiers, amateur de joutes verbales avec la gauche à l’Assemblée nationale, ce quasi inconnu du grand public en 2007, était considéré, avant que n’éclate l’affaire, comme un successeur possible du Premier ministre François Fillon.
Comme lui, ce libéral dans l’âme, au look d’expert-comptable, crâne dégarni, fines lunettes et costumes stricts, passe pour un homme de rigueur, les deux pieds sur le frein de la dépense publique.
Ses collaborateurs le décrivent comme un être “exigeant” et “détestant l’imprécision”.
Au ministère du Budget, il a cultivé “une approche très comptable de la fonction publique”, taillant dans les effectifs, estime-t-on chez les syndicats qui reconnaissent aussi “sa grande correction” à leur égard.
Issu d’un milieu aisé, ce fils de médecin s’est initié jeune au monde de la finance.
Diplômé d’HEC (Hautes études commerciales), prestigieuse grande école, il débute dans le privé dans le groupe métallurgique Pechiney et travaillera plus tard pour un grand cabinet d’affaires international.
Comme sa femme, Florence, sortie en même temps que lui d’HEC et qui a fait toute sa carrière dans la gestion de fonds, dont deux ans et demi au service de Mme Bettencourt.
A la fin des années 80, ce féru d’alpinisme s’implante dans la ville hupée de Chantilly (département de l’Oise, au nord de Paris), fief du monde hippique et des propriétaires de chevaux fortunés. Il devient maire en 1995. La même année, il est recruté par le Premier ministre d’alors, Alain Juppé, comme conseiller, alors que Jacques Chirac vient de remplacer François Mitterrand à la présidence.
Trésorier de la campagne 2002 de Jacques Chirac, il occupe cette fonction dans le parti présidentiel, devenant dans la foulée député de l’Oise. En 2004, il fait son entrée au gouvernement de Jean-Pierre Raffarin comme secrétaire d’Etat à la Réforme de l’Etat.
Sous Nicolas Sarkozy, au Budget, M. Woerth s’illustre par son activisme contre les paradis fiscaux. Liste de suspects potentiels en main, il convainc 3.500 fraudeurs de se “dénoncer” eux-mêmes pour bénéficier de la mansuétude du fisc.
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